Les manifestations bruyantes qui empêchent les agents de l’ICE de dormir dans leurs hôtels

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Un modèle issu des « Villes Jumelles »

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Dans le récit suivant, les participant·e·s aux manifestations bruyantes visant les hôtels qui hébergent les agents fédéraux dans les « Villes Jumelles » racontent leurs expériences et expliquent comment cette tactique pourrait être employée ailleurs.

Le 26 janvier 2026.


Le lundi 26 janvier, une centaine de manifestant·e·s se sont rasemblé·e·s devant l’hôtel SpringHill Suites by Marriott à Maple Grove, dans le Minnesota, pour saluer le départ de Greg Bovino, ancien « commandant en chef » déchu des douanes et de la protection des frontières, récemment rétrogradé et sur le point d’être renvoyé en Californie. Les manifestant·e·s ont soufflé dans des sifflets, frappé sur des tambours et tapé sur des casseroles et des poêles. Les agents de la police des frontières, en collaboration avec la police locale, ont répondu en tirant des gaz lacrymogènes et des balles de poivre et en bousculant les gens sans discernement, arrêtant au moins deux manifestant·e·s.

Cette action était la dernière d’une série de manifestations bruyantes visant les hôtels hébergeant cette force d’occupation. Jusqu’à présent, plusieurs hôtels ont fermé leurs portes en conséquence, et on peut imaginer également que certains mercenaires n’ont pas pu correctement se reposer.

Deux jours après que le quartier de Whittier ait chassé les agents fédéraux à la suite du meurtre brutal d’Alex Pretti, le régime a décidé de remplacer Bovino en tant que visage public de l’occupation fédérale. Son poste de « commandant en chef » a été supprimé. Cela réduira d’au moins un le nombre de mercenaires fédéraux occupant les « Villes Jumelles », mais cela laisse la possibilité à des milliers d’agents des services de l’immigration et des douanes (ICE) de continuer à nous terroriser, désormais avec probablement davantage d’aide de la part du gouverneur et du maire démocrates.

Le 26 janvier 2026.

Néanmoins, c’est la première fissure qui apparaît dans l’armure de nos oppresseurs. Ils ne font pas cette concession parce qu’ils ont assassiné Alex Pretti, mais parce que les individus se sont rebellés. La lutte est loin d’être terminée : Tom Homan, le tsar de l’immigration, va bientôt remplacer Bovino, et nous devrons nous adapter pour faire face à une nouvelle stratégie. Mais il est instructif de constater que les agents du CBP BorTac, qui ont été les plus violents lors du premier acte de cette invasion, sont également les premiers à se retirer du combat après avoir subi une seule défaite, comme le font les lâches.

Ce qui s’est passé dans les « Villes Jumelles » n’est que le prélude à une lutte beaucoup plus large qui va se dérouler dans tout le pays. Nous pouvons vous aider à vous préparer à combattre ces mêmes chasseurs de primes lorsqu’ils se présenterons dans votre ville en vous faisant part des tactiques que nous utilisons ici pour les combattre. Parallèlement aux réseaux d’intervention rapide, à la grève générale, aux blocages et aux révoltes lorsqu’ils tirent sur des gens, nous avons expérimenté des manifestations bruyantes.

Voici ce que nous avons vécu jusqu’à présent.

Le 26 janvier 2026.


Les manifs bruyantes

La première manif bruyante à laquelle j’ai participé s’est déroulée devant l’hôtel Home2 Suites by Hilton à Bloomington dans le Minnesota, près du centre commercial Mall of America. C’était au tout début de l’occupation, alors que les interventions rapides étaient encore principalement menées par les réseaux des quartiers du South Side et n’avaient pas encore gagné le reste de Minneapolis et la grande zone métropolitaine. J’ai vu une infographie partagée dans le fil de discussion des patrouilles quotidiennes, demandant aux gens de venir avec des objets et instruments bruyants et de ne pas en parler sur les réseaux sociaux.

Lorsque nous sommes arrivé·e·s à l’hôtel, une douzaine de manifestant·e·s et quatre voitures de police de Bloomington, gyrophares allumés, attendaient sur le parking. Le mot circulait que la boucle Signal utilisée pour préparer la manif avait été infiltrée, ce qui a nécessité la création rapide d’un nouveau groupe de discussion directement sur place. Nous avons fait le tour de l’hôtel en tapant sur des casseroles et des poêles, en soufflant dans des sifflets, en jouant des cuivres et en déclenchant les alarmes des voitures. Une fois notre tour d’hôtel terminé, nous avons persévéré et en avons fait un autre. Puis les voitures de police sont arrivées pour nous bloquer la route et nous sommes parti·e·s.

Le groupe issu de cette manifestation regroupait toutes sortes de personnes, mais il était de facto dirigé par des représentants d’une organisation officielle établie de longue date, qui a publié des enregistrements des manifestations et s’est revendiqué en être à l’origine. Il faut reconnaître que l’expérience, la confiance, la légitimité perçue et la capacité organisationnelle de cette grande organisation destinée au public ont sans doute joué un rôle essentiel dans la popularisation des manifestations bruyantes comme tactique au sein des « Villes Jumelles ».

Le 25 janvier 2026. Tu peux obtenir ces autocollants ici.

La stratégie se basait sur deux types de manifestations :

  • Des manifestations sonores de plus petites tailles, uniquement sur invitation, qui ne sont communiquées qu’auprès des personnes en qui les organisateurs ont confiance. Elles attirent généralement entre 10 et 25 participant·e·s, ce qui est encore suffisant pour réveiller tout un hôtel, et
  • Des manifestations bruyantes moins fréquentes, annoncées publiquement, impliquant des meneurs autoproclamés vêtus de gilets jaunes, prêts à diriger une foule beaucoup plus importante.

En ce qui concerne les manifestations organisées uniquement sur invitation, le groupe a rapidement mis en place de nouvelles méthodes pour identifier et manifester devant les hôtels qui collaboraient avec les occupants fascistes. Certaines personnes se rendaient devant les hôtels, se faisant passer pour des client·e·s, et demandaient aux employé·e·s s’iels avaient entendu parler de la présence de l’ICE. D’autres suivaient des pistes qu’elles avaient reçues en fouillant les parkings des hôtels à la recherche de plaques d’immatriculation confirmées comme appartenant à l’ICE. Lorsqu’un·e employé·e a été licencié·e pour avoir informé les organisateurs que l’ICE séjournait bien dans un hôtel en particulier, les gens ont créé des formulaires en ligne pour permettre de signaler et diffuser anonymement des informations.

Tout le monde a réfléchi à de nouvelles façons de faire encore plus de bruit. Les batteries sont rapidement devenues un élément incontournable des manifestations, que ce soit sous forme fixe ou mobile. Une personne a apporté des alarmes personnelles portatives qui émettent un bruit très puissant lorsqu’on tire sur une goupille et qui ne s’éteignent pas tant que la goupille n’est pas remise à sa place. Ces appareils, largement distribués parmi les participant·e·s, ont causé bien des maux de tête aux hôtels lorsqu’ils ont été laissés dégoupillés dans des endroits inaccessibles après le départ des manifestant·e·s. Les gens ont également commencé à apporter des lampes de poches puissantes qu’iels dirigeaient vers les fenêtres des chambres d’hôtel.

Pour décider de l’heure et du lieu, les participant·e·s créaient un nouveau fil de discussion pour chaque manifestation, choisissant un endroit proche où se retrouver et discuter en face à face des détails du plan de la soirée. Une innovation a consisté à commencer par déclencher les alarmes des voitures pendant une durée convenue, puis à quitter nos véhicules pour faire du bruit à pied, en faisant le tour de l’hôtel. Lorsque la police arrive et nous adresse un avertissement, nous partons, estimant que les petits groupes ne sont pas aussi efficaces qu’une foule massive pour pouvoir résister à ces ordres.

Finalement, les gens ont commencé à dresser une liste d’hôtels à cibler chaque nuit. Nous manifestons devant un hôtel jusqu’à l’arrivée de la police, puis nous passons simplement au suivant, soit dans un autre quartier, soit dans une autre ville.

Le 25 janvier 2026.

Fin décembre, des camarades avaient appris que des agents fédéraux séjournaient au Canopy by Hilton dans le quartier de Mill District à Minneapolis et, une fois de plus, au Home2 Suites de Bloomington près du Mall of America, au même endroit mentionné précédemment. Le plan pour cette nuit-là était de se retrouver à minuit à proximité pour discuter de la manière dont nous voulions commencer la manifestation. Certaines personnes se sont vu attribuer des rôles spécifiques : l’une serait chargée d’assurer la liaison avec la police, une autre de calmer les passant·e·s en colère et d’essayer de les recruter pour la manifestation. Notre objectif était de faire en sorte que la manifestation puisse se poursuivre le plus longtemps possible, même après l’arrivée des services de police locaux venus sur place pour y mettre fin.

L’action à l’hôtel Canopy a commencé peu après minuit. C’était l’une des plus petites manifs organisées mais elle a attiré une foule très importante. Les gens avaient apporté toute une gamme d’instruments pour faire du bruit : casseroles et poêles, haut-parleurs, sifflets, une batterie, des mégaphones, et un didgeridoo. Certaines personnes avaient également apporté des lampes de poche et un pointeur laser pour éclairer les fenêtres des chambres d’hôtel. Le personnel de l’hôtel a rapidement appelé les flics pour mettre fin à l’agitation, mais ces-derniers ont mis du temps à réagir.

Le bruit était audible à plusieurs pâtés de maisons à la ronde, dans plusieurs directions. Les voisin·e·s de nombreux immeubles sont sorti·e·s pour voir ce qui se passait. Quelqu’un est même sorti de sa voiture pour donner une corne de brume à un·e manifestant·e, puis a fait le tour du pâté de maison en klaxonnant ! Environ 20 à 30 minutes après le début de la manif, quelques véhicules du département de police de Minneapolis ont commencé à arriver sur place, roulant lentement près de la manifestation, mais les agents ne sont pas sortis de leurs voitures et n’ont pas déclaré que la foule était en infraction.

À un moment donné, quatre voitures de police étaient stationnées au bout de la rue, à gauche de la manifestation, probablement pour discuter de la manière d’intervenir auprès des manifestant·e·s. Après ce qui semblait être une longue discussion, elles sont reparties.

La manifestation bruyante s’est poursuivie pendant une bonne heure, sans être interrompue par la police ou les résident·e·s en colère. Ma compagne/Mon compagnon et moi avons quitté l’hôtel Canopy pour nous rendre au prochain lieu de rendez-vous à Bloomington. Après notre départ, les camarades qui étaient encore à l’hôtel Canopy by Hilton sont resté·e·s pour parler à la presse de l’action. Peu après, la police de Minneapolis est arrivée avec un déploiement de force absurdement disproportionné. Selon nos camarades qui étaient encore présent·e·s sur place, les flics sont arrivés avec une douzaine de véhicules ou plus. Un·e militant·e a plaisanté en disant qu’il y avait une voiture pour chaque policier qui avait répondu à l’appel. Un policier a annoncé au mégaphone que les militant·e·s devaient quitter les lieux et a annoncé que l’action était « un rassemblement illégal ». Aucune arrestation n’a eu lieu.

Après l’action au Canopy, nos camarades nous ont rejoint à Bloomington pour établir notre plan d’action pour le prochain hôtel. Il faisait froid et il pleuvait, nous avons donc décidé de faire court et d’être efficace. Nous nous sommes garé·e·s sur le parking de l’hôtel et avons déclenché les alarmes de nos voitures pendant quelques minutes avant de sortir pour faire deux tours autour de l’hôtel en faisant du bruit. La police a réagi différemment à cette manifestation par rapport à celle qui avait eu lieu plus tôt cet hiver. Elle n’était pas déjà sur place pour nous attendre, mais elle a réagi rapidement. Les agents qui sont intervenus ont demandé aux militant·e·s de quitter les lieux immédiatement, sous peine d’être accusé·e·s de violation de propriété.

Le 25 janvier 2026.

La première manifestation publique rassemblant un grand nombre de personnes s’est déroulée à Edina, une banlieue aisée de Minneapolis. La foule comptait facilement environ 200 personnes. De plus en plus de gens sont arrivés tout au long de la nuit, ce qui est courant dans les manifestations bruyantes. La foule était furieuse, mais l’ambiance était festive. Les manifestant·e·s dansaient, riaient et discutaient lorsqu’iels n’utilisaient pas leurs instruments bruyants. Certain·e·s ont identifié les véhicules des mercenaires fédéraux et ont échangé des informations sur la manière de les reconnaître. Les organisateurs ont tenté de maintenir la foule sur le trottoir et à l’écart de la propriété de l’hôtel, dans l’espoir de retarder l’intervention de la police, mais leurs efforts ont largement échoué.

Pour la première fois, les agents de l’ICE séjournant à l’hôtel sont descendus dans le hall en civil, le visage masqué, afin d’observer l’agitation. Cela a provoqué la colère de la foule, dont une grande partie s’est précipitée vers les portes et les baies vitrées de l’hôtel pour crier sur les occupants, frapper sur les vitres et leur braquer des lumières stroboscopiques dans les yeux. Lorsqu’un agent a tenté de faire comme si la foule de manifestant·e·s n’existait pas en regardant ostensiblement les temps forts d’un match de basket sur son téléphone, un·e manifestant·e lui a crié : « Tu regardes des pubs, espèce de salaud fauché ! Crève ! » L’agent fédéral est retourné dans sa chambre peu après.

Le 25 janvier 2026.

Chaque fois que la foule commençait à confronter directement les agents fédéraux, les agents pacifistes vêtus de gilets-jaunes chargés de maintenir l’ordre au sein de la manifestation tentaient désespérément de canaliser les manifestant·e·s pour leur faire faire un autre tour autour de l’hôtel. Une fois encore, ces efforts n’ont rencontré qu’un succès modéré. Finalement, deux policiers d’Edina sont arrivés et se sont postés devant l’entrée principale de l’hôtel. Ils ont tenté de donner un avertissement de dispersion, mais leurs voix ont été complétement couvertes par celles des manifestant·e·s.

Il est recommandé de porter des bouchons d’oreille lors d’une manifestation bruyante ; mes acouphènes m’ont bien appris cette leçon.

Les responsables de la manifestation ont décidé que leur travail consistait à faire celui de la police à leur place. Ils ont demandé à tout le monde de se disperser. Une grande partie de la foule n’a pas obéi, et les responsables sont tout simplement partis. La police a tenté à plusieurs reprises de disperser la foule en lançant des avertissements, sans succès.

Finalement, la police d’Edina et les agents de quatre services de police voisins sont tous arrivés sur place en tenue anti-émeute. Ils ont déclaré que tout groupe de personnes se trouvant dans la zone de l’hôtel et des pâtés de maisons alentours constituait un rassemblement illégal, et ils nous ont menacé d’utiliser des armes chimiques. Lorsque la foule clairsemée des manifestant·e·s a vu que la police était plus nombreuse qu’elle, elle est partie, évitant ainsi les arrestations et les blessures. À ce moment-là, cinq services de police différents se tenaient autour du bâtiment pour protéger les biens des collaborateurs.

Dans ce cas précis, les manifestant·e·s ont intensifié leur action au maximum, puis ont décidé d’elleux-mêmes que la situation n’était plus favorable – une décision que les responsables de la manifestation avaient tenté de s’arroger.

Le 25 janvier 2026.

La nuit du 25 au 26 janvier

Ces manifestations ont atteint leurs objectifs. Plusieurs hôtels ont fini par refuser d’héberger les meurtriers, même lorsqu’il n’y avait plus de manifestation devant leurs bâtiments, et certains hôtels de Saint Paul ont complétement cessé leurs activités.

Gardant cela en tête, les organisatrices et organisateurs initiaux ont commencé à encourager d’autres groupes à planifier leurs propres manifestations bruyantes. Les avantages de cette approche plus décentralisée sont illustrés par la manifestation qui a eu lieu sur University Avenue le 25 janvier, un jour après l’exécution sommaire d’Alex Pretti et les batailles de rue qui ont suivi.

Les participant·e·s à la manifestation bruyante du 25 janvier avaient pris des notes sur ce qui avait fonctionné dans les rues. Les affrontements qui ont donné naissance à la place Alex Pretti le 24 janvier ont été marqués par la prolifération de barricades. Dans la nuit du 25 janvier, lorsque j’ai pu voir ce qui se passait à l’hôtel Home2 Suites sur University Avenue, des poubelles, des palettes en bois et des matelas avaient été traînés dans la rue, bloquant University Avenue des deux côtés de l’hôtel. Les manifestant·e·s ont fait beaucoup de bruit. Au moins une vitre a été brisée, tandis que les autres ont été décorées de messages tels que « Fuck ICE, ICE out! » (« Nique l’ICE, ICE dégage ! ») et « Killers stay here » (« Des tueurs séjournent ici »).

Le 25 janvier 2026.

Certain·e·s manifestant·e·s ont arraché les enseignes du bâtiment ; d’autres sont entré·e·s dans le hall et ont réorganisé le mobilier.

Après au moins deux heures d’action, pour la première fois, les agents fédéraux ont pris l’initiative de répondre directement à une manifestation bruyante, ouvrant la voie à une nouvelle approche de la part des manifestant·e·s. Les routes étant bloquées, les agents fédéraux ont dû courir à pied depuis les flancs, remplissant la rue de gaz lacrymogène et tirant des minutions anti-émeutes sur la foule afin de pénétrer dans l’hôtel.

Néanmoins, les manifestant·e·s sont resté·e·s sur place un certain temps, allant même jusqu’à lancer une casserole en métal sur la tête d’un agent fédéral qui menaçait la foule avec un fusil anti-émeute depuis la porte d’entrée. Finalement des dizaines d’agents fédéraux et de policiers de Minneapolis sont arrivés en tenue anti-émeute pour dégager les barricades et évacuer les agents de l’ICE qui séjournaient à l’hôtel. Ils ont arrêté 14 personnes dans les affrontements qui ont suivi. Les flics ont maintenu leurs lignes de combat tandis qu’un groupe désormais plus restreint de manifestant·e·s situé à l’ouest de l’hôtel attendait patiemment sur le trottoir, chahutant les agents fédéraux. Après environ une heure, les agents fédéraux sont repartis, remplissant une fois de plus le quartier de gaz lacrymogène lors de leur repli.

Après le départ de la police et des agents fédéraux, les manifestant·e·s sont retourné·e·s devant l’hôtel et ont recommencé à faire du bruit et à taguer les murs pendant une bonne heure. La police de Minneapolis est revenue en tenue anti-émeute, accompagnée cette fois-ci d’équipes des travaux publics, utilisant les mêmes bulldozers et camions poubelles pour dégager les barricades de la route que ceux généralement utilisés contre les sans-abris.

Une fois de plus, les manifestant·e·s ont simplement attendu que les autorités partent, puis ont recommencé à faire du bruit. À ce moment-là, je n’étais plus en mesure de suivre les événements sur place, mais la manifestation durait depuis plus de six heures, la plus longue dont j’ai jamais entendu parler.

Le 25 janvier 2026.


Idées à emporter

Les campagnes de pression publique peuvent mettre la machine en marche. L’intensification des actions permet d’obtenir des résultats plus immédiats.

  • Les manifestations bruyantes moins perturbatrices ont contribué à mobiliser les gens, mais n’ont pas toujours atteint leurs objectifs. La cohérence ne suffit pas ; il est plus important que les hôtels et les autorités perçoivent le mouvement comme imprévisible. Lorsque des manifestations bruyantes se décrivant comme « pacifiques » ont eu lieu au même endroit à un mois d’intervalle, cela a simplement entraîné une répression plus sévère de la police lors de la deuxième action. En revanche, la manifestation sur University Avenue a contraint les agents à évacuer les lieux avant même qu’elle ne soit terminée. La police protège la propriété privée, et les entreprises utilisent cette propriété pour réaliser des profits en aidant les meurtriers et les ravisseurs de nos voisin·e·s. Redécorer ou transformer cette propriété est une extension naturelle de la manifestation bruyante et s’inscrit dans une approche tactique plus large.

Le 25 janvier 2026.

Choisis tes combats. Combats tes ennemis lorsqu’ils se reposent.

  • L’avantage des manifestations bruyantes est qu’elles permettent aux gens d’affronter directement leurs occupants, selon leurs propres conditions. Cela diffère des patrouilles, des interventions rapides et des combats de rue qui éclatent chaque fois qu’un agent fédéral assassine ou kidnappe un·e voisin·e bien-aimé·e. En prenant l’initiative, les manifestant·e·s sont en mesure de déterminer selon leurs propres termes les conditions de l’action qu’iels souhaitent mener et d’obtenir l’opportunité de tirer parti de leur avantage. Par exemple, en se retirant temporairement lorsque les forces de l’ordre sont arrivées en nombre, puis en reprenant immédiatement leurs activités dès le départ de ces dernières, les manifestant·e·s de University Avenue ont pu maximiser la durée de leur action, minimiser les risques pour leur santé et leur liberté, et contraindre les fascistes à dépenser un maximum de ressources. Nous devons tirer les leçons de cette expérience et intégrer cette stratégie dans nos actions futures. Si la police ne sait pas si nous allons revenir, alors chaque fois que nous apparaîtrons à un endroit, elle devra y maintenir des forces, ce qui dispersera ses troupes.

Le 25 janvier 2026.

Une bonne manifestation bruyante en cours fait sa propre publicité.

  • Les gens détestent généralement l’ICE. Révéler l’emplacement des fascistes et de leurs collaborateurs politise et radicalise celles et ceux qui assistent à ces manifestations. À presque chacune de ces manifestations, les voitures qui passent klaxonnent en signe de soutien. Beaucoup de conductrices et de conducteurs font plusieurs tours supplémentaires afin de continuer à klaxonner. Ces événements sont amusants et dégagent une énergie indéniablement positive. Les client·e·s de l’hôtel sortent même pour se joindre à nous. Les manifestations bruyantes contribuent à démystifier l’occupation auprès des voisin·e·s, en révélant la proximité et la vulnérabilité des occupants et le pouvoir dont chacun·e dispose pour agir.

Le 25 janvier 2026.

Annexe : un autre témoignage de la manifestation bruyante du 25 janvier

Au petit matin du dimanche 25 janvier, la zone autonome que les gens avaient établie autour du lieu de l’exécution fédérale d’Alex Pretti s’était dissipée. Alors que les fleurs et les hommages autour du lieu de veillée restaient en place, continuant d’attirer les personnes en deuil, la Garde nationale avait retiré les barricades autour de Nicollette Avenue aux premières heures du matin. Celles et ceux qui étaient prêt·e·s à mettre leur rage au service d’une cause avaient besoin d’un point d’intervention concret.

Le Party for Socialism and Liberation (Parti pour le socialisme et la libération) avait appelé à une marche, mais celle-ci n’offrait aucune possibilité d’affronter les agents fédéraux ou les infrastructures de l’ICE. Heureusement, comme décrit ci-dessus, des manifestations confrontant directement l’ICE sur son propre terrain avait déjà lieu régulièrement dans les « Villes Jumelles ». Grâce à plusieurs semaines d’efforts collectifs, plusieurs hôtels avaient déjà été identifiés comme hébergeant l’ICE. Un tract a été distribué dimanche, quelques heures seulement avant la manif bruyante. Dans d’autres circonstances, cela aurait pu être trop tard pour attirer des participant·e·s, mais grâce à l’urgence du moment, les gens voulaient venir, et l’annonce de dernière minute a laissé peu de temps aux flics pour se préparer. Lorsque nous nous sommes rendu·e·s à la manif bruyante, il n’y avait pas de force de l’ordre dans les environs, ni fédérale ni locale.

Une quinzaine de personnes étaient déjà présentes, rassemblées autour des baies vitrées du hall de l’hôtel, à travers lesquelles nous pouvions apercevoir plusieurs hommes qui ressemblaient à des agents de l’ICE ainsi que d’autres client·e·s de l’hôtel. L’ambiance était électrique : quelqu’un avait apporté une petite batterie et une autre personne avait un ensemble de percussions et de cymbales. Les gens soufflaient dans des sifflets, secouaient des crécelles et diffusaient de la musique à plein volume sur des enceintes portables. Pendant une heure, nous avons canalisé notre rage au sujet des meurtres de Renee Good et Alex Pretti et des mois de terreur que les immigrant·e·s avaient vécus dans les « Villes Jumelles » pour créer un espace communautaire bruyant et joyeux. Alors que la foule grossissait, nous nous sommes dispersé·e·s sur le trottoir, nous déplaçant devant les portes, où quelqu’un avait écrit à la bombe « ICE OUT, ICE KILLS » (« ICE DÉGAGE, L’ICE TUE »).

Les gens ont commencé à occuper la rue, d’abord en se tenant debout sur la piste cyclable, puis en traînant une poubelle sur la chaussée. Rapidement, les gens ont attrapé toutes les poubelles qu’iels pouvaient trouver, ont sorti des palettes et des vieux matelas des ruelles jusqu’à ce qu’iels aient complétement bloqué un côté de la rue. La barricade de l’autre côté était plus petite : quelques poubelles, quelques cônes de signalisation et des balises de stationnement appartenant à l’hôtel, mais cela suffisait pour stopper la circulation. À un moment donné, un homme que nous soupçonnions être un agent en civil, et qui se promenait en prenant des notes sur son téléphone, a tenté de détruire la barricade. Les gens l’ont reconstruite pendant qu’il se réfugiait à l’intérieur de l’hôtel.

Les bus de chaque côté de la rue ont dû faire demi-tour ou se garer sur le bas-côté. Plusieurs voitures se sont arrêtées et ont formé leur propre barricade. Des familles avec des enfants dans leurs voitures ont regardé la manifestation à distance, en toute sécurité : elles ont applaudi, klaxonné, mis la musique à fond et déclenché les alarmes de leurs voitures. En plus du bruit, les gens ont braqué leurs lampes de poche vers les fenêtres et allumé quelques feux d’artifice. On pouvait voir des agents regarder par les fenêtres de leur chambre d’hôtel avec des appareils photo ou des téléphones. Dans la rue, il y avait une cacophonie de trompettes et de tambours. Les gens ont commencé à donner des coups de pieds dans les poubelles en rythme, et nous avons dansé avec des ami·e·s et des inconnu·e·s.

L’hôtel avait verrouillé les portes coulissantes à l’entrée et laissé une affiche en papier demandant aux client·e·s de passer par l’arrière du bâtiment. Nous avons appris que l’ICE entrait et sortait par l’arrière et des gens ont effectivement aperçu des hommes qui nous avaient filmé·e·s à travers les parois vitrées prendre cette sortie et partir dans leurs voitures. Si la foule avait été plus nombreuse, davantage de personnes auraient pu surveiller l’arrière de l’hôtel afin de noter les voitures utilisées – une idée à retenir pour les prochaines manifs. Certaines personnes à l’intérieur de l’hôtel qui n’étaient pas des agents semblaient soutenir la cause. D’autres ont décidé de faire l’autruche : après qu’une personne ait livré de la nourriture provenant de Sweetgreen devant les portes d’entrée verrouillées, un client de l’hôtel est descendu et a dû forcer ces mêmes portes pour pouvoir les ouvrir et récupérer sa commande – son geste a définitivement cassé le mécanisme des portes d’entrée de l’hôtel.

Au bout une heure et demie environ, des agents fédéraux – ou peut-être simplement des agents de sécurité de l’hôtel – ont ouvert brièvement la porte d’entrée pour crier après les personnes qui se trouvaient à l’extérieur. La foule s’est massée devant les portes et les a ouvertes brusquement, tandis que les différents agents présents à l’intérieur se sont précipités pour battre en retraite. Les portes coulissantes extérieures et intérieures du hall d’entrée ont été forcées et les gens se sont engouffrés dans ce dernier. En scandant « Fuck ICE! » (« Nique l’ICE ! »), la foule a réussi à décrocher les portes et à les ouvrir complètement, et quelques affrontements avec plusieurs agents de sécurité de l’hôtel ont eu lieu. À ce moment-là, la plupart des fenêtres de l’hôtel avaient été taguées. Un policier de Minneapolis, seul, s’est frayé un chemin à travers la foule pour rejoindre les autres agents.

Pendant environ une heure, il a été le seul représentant des forces de l’ordre présent sur place, recevant à plusieurs reprises des boules de neige au visage et se faisant hurler dessus par la foule. Il y avait une petite rangée de personnes située à l’avant de l’action dans le hall de l’hôtel, suivie d’une rangée plus importante d’individus et de journalistes filmant les évènements et prenant des photos, puis le reste de la foule derrière elleux. Les gens lançaient des boules de neige et des déchets par-dessus les têtes des journalistes. Quelques jeunes femmes tambourinaient sur une poubelle près de l’entrée ; leurs ami·e·s dansaient ensemble tandis que d’autres manifestant·e·s s’emparaient du contenu de la poubelle pour le jeter à l’intérieur. L’agent de police et les agents de sécurité ont tenté de barricader l’entrée avec des distributeurs automatiques, qui leur tombaient sans cesse dessus. Le hall se remplissait de déchets. Finalement, une vitre a volé en éclats et les gens ont filmé des agents de l’ICE masqués et casqués qui sortaient par la porte arrière de l’hôtel avec leurs bagages.

Pendant ce temps, des personnes se sont rendues sur le parking et ont vérifié toutes les plaques d’immatriculation à l’aide de l’énorme base de données des plaques ICE connues que les habitant·e·s du Minnesota ont constituée au fil des mois. Les plaques de deux voitures de l’ICE identifiées ont été annoncées à l’aide d’un mégaphone, et avant la fin de la nuit, les voitures en question avaient été vandalisées et taguées.

À ce stade, le bâtiment avait été endommagé, les voitures des agents détruites et les agents étaient en train d’évacuer les lieux. Trois heures après le début de la manifestation bruyante, trois agents fédéraux du Bureau des prisons (BOP) sont arrivés avec des armes à feu et ont lancé des gaz lacrymogènes. Après avoir brandi leurs armes dans tous les sens et escorté les agents de l’ICE hors de l’hôtel avec leurs bagages, ils ont finalement appelé des renforts pour faire face à une foule désormais beaucoup plus réduite, composée principalement de journalistes. L’un des agents fédéraux du BOP a été touché à la tête par un projectile. Finalement, des agents fédéraux supplémentaires sont arrivés et ont utilisé des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes et de la fumée verte, tandis qu’un grand nombre de policiers de Minneapolis tentaient de procéder à des arrestations massives. Ils ont arrêté plusieurs membres de la presse et quelques manifestant·e·s, mais la plupart des gens avaient déjà quitté les lieux.

Organiser une manifestation bruyante est relativement simple : il fallait que quelqu’un confirme où séjournait l’ICE, choisisse l’endroit le plus prometteur, fixe une heure, rédige un tract et le distribue. Mais cela n’a été possible que grâce à des mois passés à construire des réseaux et à collecter des informations. L’infrastructure des bases de données sur les hôtels et les plaques d’immatriculation a permis aux gens de prendre une décision rapide quant à l’hôtel à cibler. De même, le courage avec lequel les gens ont construit des barricades, bloqué la rue avec leurs voitures et affronté les agents dans l’hôtel est le fruit de mois de confrontation dans les « Villes Jumelles ». Cela n’a pas fait de mal que les gens puissent voir les agents de l’ICE sur place – ils étaient là à nous filmer, essayant de déterminer quoi faire face à cette situation qui leur échappait.

Les manifestations bruyantes représentent une utilisation efficace du concept de « cible secondaire. » Dans les « Villes Jumelles », les manifestations bruyantes devant les hôtels ont offert un autre moyen de s’attaquer aux agents de l’ICE à un endroit précis où ils ne disposent pas des défenses et des structures organisationnelles dont ils bénéficient au bâtiment fédéral Bishop Henry Whipple. La plupart des affrontements dans les « Villes Jumelles » sont le résultat de réactions spontanées à des raids, dont certaines ont eu lieu autour du bâtiment Whipple ; bien que les réactions immédiates aux raids soient essentielles et que les manifestations au bâtiment fédéral aient permis aux militant·e·s d’exercer une pression sur un point névralgique au moment de leur choix, les hôtels sont des cibles fixes disposant de moins de moyens de défense. Le fait d’annoncer à l’avance les manifestations bruyantes peut donner aux policiers le temps de préparer une riposte, mais les gens doivent se préparer de manière créative et ne pas se laisser décourager.

Quand il n’y a pas de meilleures options sur la table, les gens participent à des marches symboliques ou restent chez elleux. Mais quand d’autres options sont disponibles, beaucoup de gens saisissent l’occasion d’agir avec courage et efficacité. Dans les endroits qui ne sont pas sous occupation fédérale manifeste, et où la faible densité d’agents fédéraux et la faible densité des organisations de surveillance de l’ICE ne permettent pas de réagir à temps aux raids menés par l’agence fédérale, la recherche de cibles secondaires peut offrir une bonne solution, qu’il s’agisse d’hôtels, d’entrepreneurs, de fonctionnaires locaux ou de collaborateurs commerciaux.


Lectures complémentaires